Magnum analog recovery

J’en ai assez. Partir à la chasse aux histoires a laissé des séquelles en moi, non pas sur mon corps mais dans mon esprit. Travailler comme ça ne me procure plus la joie de mes débuts, tout est assombri par la poursuite d’un but éditorial, le gain attendu, les arrangements avec la réalité pour rendre un sujet intéressant. Je me contrefiche de cette presse à sensations. Je refuse de faire ce qu’on trouve dans des milliers de publications dans le monde entier. Des frissons de bas étage ou une histoire stupide qui n’ont aucun intérêt et feraient mieux de rester ignorés. Je réalise que ce genre de travail demande de gros efforts, et que je ne suis tout simplement pas ce type de journaliste de presse. Je n’ai aucun pouvoir face aux grands titres de presse, ce n’est plus possible, je prostitue mon travail et ça suffit. Au plus profond de moi, je reste et je resterai toujours un artiste.

Magnum analog recovery (collectif) / Werner Bischoff

Yo !

— C’est pas parce qu’il y a de la neige là-haut que c’est pas vert dans la vallée !

Sur le marché du mercredi place de Zurich.

#citation

Par ailleurs, quand je regarde Blade Runner, je songe à Shinjuku et, quand je suis à Shinjuku, j’ai comme la sensation soudaine de me trouver dans Blade Runner. […]. De même, la ville fictive de Gotham, cité du crime qui sert de décor au film Batman, ressemble à s’y méprendre au quartier de Kabuki-chō.

Daido Moriyama / Daido Tokyo

Le vide

Je me mets à écrire cet article de blog, mû par la certitude qu’une discipline de travail est utile, voire nécessaire, pour faire mûrir un travail artistique.

S’ensuit un vide dans mon esprit, pas grand, mais réel.

En fait, je m’emploie à occuper un espace mental… qui semble vide. Serait-ce l’angoisse du vide qui me meut ? Le vide n’est pas le rien, cependant. Il suffit de voir ces images qui font « agir » le vide. Les espaces d’exposition dans les musées d’art contemporain, mettent en scène les œuvres dans de grands espaces vides, pour monter en épingle leur impact. L’étendue uniforme accentue par contraste la perception des détails qui fuient le centre — ou qui s’y précipitent — alors qu’ils étaient éventuellement anodins. Le vide est un outil plastique, au même titre que la couleur, par exemple. Ou le plein, ou le trait.

J’écoute en ce moment la Contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray, à l’Université Populaire de Caen : il évoque la notion de baroque, et il semble que ce soit quelque chose d’important… J’espère en apprendre plus ce soir. En attendant je me demande si il y a quelque chose de plus opposécau baroque que le vide.

Ce désir de meubler le vide est comme un bruit de fond permanent, dans mon cerveau. Pour le couvrir, je regarde un film ou une série tv ; il m’arrive parfois de lire un livre aussi, acte qui traduit un certain désir d’élévation. Avoir une activité créatrice peut relèver de ce désir de s’améliorer. Michel Onfray a utilisé l’expression de la « sculpture de soi », il faisait référence à la pratique de certains philosophes, grecs, ou romains, à moins qu’il ne s’agisse de Michel de Montaigne…

Allez savoir, dit ma mémoire.

Saint-Brieuc

© Boyan Drenec

Je n’avais pas prévu de m’y arrêter, mais le centre ville de Saint-Brieuc est accueillant. J’ai trouvé Cocotte & Moustache, un salon de thé où ils font une très bonne « soupe de légumes du soleil » : avec des tomates, de l’aubergine et du poivron, au minimum. Du coup j’en ai pris une deuxième. J’ai faim ! Je n’ai pas petit-déjeuné ce matin, etc. Et une bonne soupe, après une semaine de crêpes, charcuterie et café-pain beurre, c’est un changement bienvenu.

Bref.

Les deux nuits que je viens de passer au centre de vacances Les Roches ont été reposantes physiquement. Un peu moins métaphysiquement, vu que je viens de finir le bouquin de Moriyama et que doutes et questionnements s’entrechoquent dans le borogove smouale qui me sert de cerveau.

Une chose me frappe, c’est l’audace dont il a fait preuve, en toute inconscience. Il n’a jamais pris une photo de sa vie ? Pas grave : il se fait embaucher comme photographe dans un studio réputé d’Osaka. Il n’a jamais publié ? Pas grave : il démissionne, demande une lettre de recommandation (qu’il obtient) et fonce à Tokyo intégrer Vivo, un groupe très actif de photographes, sans les avoir jamais contactés auparavant, bien entendu. D’ailleurs en arrivant, il apprend que le groupe a été dissous. Pas grave : il supplie un des membres du groupe de lui donner sa chance, de n’importe quelle manière. Ni une ni deux, un des photographes les plus réputés de l’archipel le prend comme assistant.

Moi je dis que sensei Moriyama est fou.

En ce qui me concerne, je suis dans une dynamique que je qualifierais volontiers de statique.
Je fais des photos, je les classe, super. C’est un bon début.
Je m’en tiens à ça. C’est irritant.
Il y a une partie de moi qui se satisfait de cet anonymat. Pas de responsabilité, pas de risque de rejet. J’ai l’impression d’être Marty McFly dans Retour vers le futur. Si je veux changer ça et devenir, d’une certaine manière, adulte, faut-il que je change quelque chose ? Mais un truc un peu gros peut-être, histoire que j’en sente l’effet gravitationnel. Ça ne servirait à rien, probablement, de… de changer de chambre dans mon appartement, et de dormir dans le salon. À rien.

L’idée évidente est le voyage. C’est certainement aussi pour ça que je suis en Bretagne en ce moment. Les résultats de cette approche n’est toutefois pas à 100% concluante. J’ai déjà souvent voyagé, pour des durées diverses et ne suis pas entièrement convaincu de l’étendue de la radicalité du truc. Un bon point accordé à cette approche cependant : je n’en ai pas d’autre.

J’ai fait des images de nuit hier et avant-hier, avec une sensibilité poussée à 12 500, voire 25 000 ISO, et le résultat est assez amusant. L’appareil photo y voit bien mieux que l’œil humain, à la nuit tombante. Ça a son charme ; les couleurs passées m’ont fait penser à Western colors, de Bernard Plossu. Toutes proportions gardées, ça va sans dire.

Ce soir, Saint-Malo.

#citation

La photographie est la mémoire de la lumière, son fossile. Et la photographie est l’histoire de la mémoire.

Pour le moment, cette conclusion, même provisoire, me satisfait.

Daido Moriyama / Mémoires d’un chien p. 135

#citation

J’ai plutôt la sensation que toutes les cellules de mon corps bruissent, s’inclinent vers ces myriades de pétales enflammés. Je me sens étourdi, incapable de me concentrer et de conserver ma sérénité. Pendant toute cette période, la perception des fleurs de cerisier ocvupe un coin de mon cœur. Une image délirante de l’archipel m’obsède alors : les fleurs de cerisier se propagent, envahissent tout le Japon, telles des bactéries pathogènes. D’innombrables gens au visage inexpressif, sans yeux ni rien, se bousculent, grouillent sous ces arbres, et une sorte de folie passagère traverse le pays…

Daido Moriyama / Mémoires d’un chien p. 132

Mir

Je me demande si c’est la station Mir qu’on voit au-dessus de la Lune ? En tout cas c’est bien la seule « étoile » qu’on voit briller — avec un bel éclat (l’autre point blanc, c’est la Lune) !

Jamais-vu

Et si le goût proverbial des japonais pour la photographie était une réaction devant la vitesse à laquelle leur paysage urbain se métamorphosait, après guerre ? Une pulsion de préservation du vécu, ou au moins de sa mémoire…

Moriyama le laisse entendre dans Mémoires d’un chien, quand il raconte ses voyages aux sources de son enfance et son désarroi en constatant son incapacité à reconnaître les lieux. Le contraire d’un déjà-vu, écrit-il.

Mémoires d’un chien

Daido Moriyama / Mémoires d'un chien

Les souvenirs nocturnes ont quelque chose de triste. Cela n’a pas forcément à voir avec les blessures du cœur : le soulagement apporté par la lumière et la crainte provoquée par l’obscurité sont une malédiction qui a toujours existé et qui est intrinsèque à l’homme.

Daido Moriyama / Mémoires d’un chien p. 49

Anxiété

Me voilà sur le point de m’endormir pour ma deuxième nuit en Bretagne. Le break que j’ai loué à d’une part l’avantage d’être juste assez grand pour me permettre de dormir à l’arrière, mais aussi de bénéficier du bruit du vent qui souffle dans les interstices de la carrosserie. Le bord de mer breton a du vent à revendre. On comprend mieux toutes les éoliennes.

Je ne suis pas à l’aise au volant. J’ai probablement trop peu conduit dans ma vie, et ce ne sont pas quelques périples clairsemés qui y changeront grand chose, j’imagine. Mais bon, je suis en tout cas d’une prudence de papy.

Dormir dans une voiture, au bord de mer,  à l’écart de la route, peut sembler excitant, mais c’est aussi un peu angoissant. On se sent vulnérable, fragile. Et on l’est.

Ces pensées éparses peuvent sembler un petit peu morose, mais ces deux premières journées ont aussi été superbes. La lumière bretonne qu’a cherché Gauguin n’est pas une légende : je l’ai vue — ou plutôt entraperçue. Voire, simplement devinée, ce qui est malgré tout un bon début.

Nouveau groupe Flickr

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À tous les êtres humains amateurs de photographie qui en ressentaient confusément le manque, une nouvelle page Flickr apportera quelque raison de se réjouir. Krutenau est un groupe public de photos personnelles — pas de cartes postales — du quartier Krutenau à Strasbourg. C’est le premier et le seul groupe de ce genre, et j’en suis l’unique membre (tout ça pour le moment, bien sûr).

#citation

Je n’accepte aucune ségrégation, celle de l’âge pas plus que les autres. Il y a ceux qui sont vieux, leur vie durant. D’autres qui sont jeunes de cœur. Il y en a qui changent. Et puis il y a les photos qu’on fait comme on peut, quand on peut, où l’on peut.

Henri Cartier-Bresson

via Hervé Guibert / La photo, inéluctablement p. 391

#citation

Et l’acte photographique peut devenir très vite une sorte de folie, d’aveuglement, de tic, d’annulation de l’existence : car à chaque seconde, sur chaque mètre carré de tous les points du globe, il se forme une situation photographique qui se transforme en petit désespoir si on ne la possède pas. Tous les visages, tous les arbres, tous les murs, tous les mouvements ont un intérêt et une beauté photographiques ; et chaque parcelle de la Terre sera doublée d’un petit objectif qui mitraillera, seconde après seconde ; tous les pores de l’homme seront munis de loupes, de lentilles et de grands angles, si l’on mène un jour la passion photographique à son terme.

Hervé Guibert / La photo, inéluctablement p. 148

Les carnets de l’ombre

© Boyan Drenec

Le constat du quasi arrêt de ma pratique du dessin me pose depuis quelque temps la question de l’orientation de mon site artistique. L’investissement dans la photographie débouche sur la création d’un site spécifiquement dédié à cette dernière.

Après quelques tergiversations, et après avoir envisagé la plateforme Squarespace, je reste avec WordPress, ayant fini par admettre qu’un jour je ferai appel à un sous-traitant pour mettre à jour la base de données. Je suis habitué à l’interface et les fonctionnalités de WordPress me conviennent.

Tout est opérationnel maintenant, et l’hébergeur Gandi a fait de réels progrès pour ce qui est de l’activation d’un blog WordPress — une fois la base de données activée (le gros du boulot la première fois, après elle peut servir plusieurs blogs —  jusqu’à 200 en fait !).

L’ancien site globulot.fr, qui représente mon travail de bande dessinée, d’illustration et de graphisme, restera en ligne et sera complété au fil du temps. Peut-être.

Bref, place aux Carnets de l’ombre.